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NO COUNTRY FOR OLD MEN

NO COUNTRY FOR OLD MEN
No Country for Old Men

Un film de Joel & Ethan Coen

Avec Josh Brolin et Javier Bardem

2007

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L'année cinéma 2008 commence assez mal. Tout le monde disait tellement de bien du nouveau Coen que l'attente devenait insupportable. On parlait de chef d'oeuvre, de véritable renaissance, les critiques ont loué à l'unison les mérites de ce film. Cette impatience qui me démangeait depuis des mois s'est finalement soldée par une amère déception. Les conditions de la séance n'étaient pas top, je l'avoue (avec un son assez pourri, des vieilles qui se marrent à chaque scène flippante pour se rassurer et un mec derrière moi qui faisait des bruits bizarres), mais elles n'y sont à mon avis pour rien. Comme l'indique le titre, les vieux hommes n'ont pas leur place dans ce pays ; le spectateur non plus. Largué du début à la fin, on devient un témoin impuissant d'événements qui nous dépassent, d'une intrigue qu'on ne cherche pas à nous expliquer. On doit se débrouiller avec ce que l'on veut bien nous donner, le film se plaît à se sentir supérieur et à nous rendre tout petits et impuissants. Il fait de nous ce qu'il veut, il nous manipule, nous triture, nous écartèle, nous torture jusqu'aux 15 dernières minutes où l'imposture saute aux yeux. No country for old men se clôt dans un flou pseudo-artistique, subitement, sans explication, il ne se soucie plus du spectateur, il fait sa vie tranquillement, oubliant en route qu'un film se base avant tout sur le partage plutôt que sur la démonstration de talent.

Et du talent, les frères Coen n'en manquent pas ! Indéniablement doués, ils savent faire preuve de génie. Leur filmographie est parsemée de coups de maître dont se démarque le magnifique The Barber, leur grand et unique chef d'oeuvre. Barton Fink, Fargo, The Big Lebowski, O'Brother sont autant de perles qui tissent peu à peu une oeuvre assez personnelle et humble. Ce qu'il y a d'extraordinaire dans ces films, c'est qu'ils semblent parfois échapper complètement au contrôle des réalisateurs ; véritables électrons libres, ils virevoltent dans tous les sens, s'égarant parfois quitte à être maladroits, mais toujours en établissant une étroite complicité avec le spectateur. Jubilatoires et souvent jouissifs, les films des Coen sont un concentré de plaisir. Assez éclectique, leur filmographie est aussi inégale, en témoigne les deux derniers ratages en date que sont Ladykillers et Intolérable cruauté. Conscients de ce déclin, Joel & Ethan Coen semblent vouloir se reprendre en main avec No country for old men. Mais à trop vouloir tout maîtriser pour faire le mieux possible, leur film devient complètement hermétique, prisonnier de ses fabriquants qui le contrôlent dans les moindres détails.

Tout le film est une chasse à l'homme sans temps mort où Llewelyn (Josh Brolin), un gars sans histoire est poursuivi par un psychopathe dangereux (Javier Bardem), après avoir trouvé une mallette contenant une énorme somme d'argent en plein désert. Grands moments de terreur à la clé, explosion de violence et de gore, les scènes mémorables s'enchaînent, on est happé, prisonniers du film comme celui-ci l'est de ses créateurs. Il faut avouer que c'est diablement efficace, la mise en scène est impeccable, la photograhie très jolie, les acteurs excellents... Mais ce n'est pas tout de s'emparer du spectateur et de le tenir en haleine, il faut aussi partager des choses avec lui. Le message que le film cherche lourdement à faire passer est plat, le film entier souffre d'un sérieux manque de substance et de relief. Les 15 dernières minutes gâchent tout. Les défauts du film sautent alors aux yeux, le spectateur se retrouve livré à lui-même, aussi hermétique au film que celui-ci l'est à lui. Cette pseudo-fin lourdingue traîne en longueur et n'apporte rien, elle nuit même carrément au reste du film. Peut-être était-elle similaire dans le bouquin de McCarthy, mais elle est en tout cas très mal traitée à l'écran. Dans un étrange élan mélancolique, les scènes de dialogue sans saveur qui se veulent philosophiques se succèdent mollement, ne servant tout juste qu'à expliquer le titre et aggravant les problèmes de rythme qui ponctuaient déjà le reste du film, plongeant ainsi le spectateur dans l'ennui. On n'attend alors plus qu'une chose : que ça se finisse, que la chute arrive. Mais pas de chute et pas vraiment de fin. Le film devient plat, vide, superficiel, sans véritable intérêt. Peu d'idées, peu d'émotions, aucune complicité avec le spectateur. Le film s'enferme dans son auto-satisfaction et nous largue au passage. Les Coen auraient mieux fait de faire dans la simplicité ou alors creuser bien davantage leur sujet et mieux travailler le rythme. Des problèmes liés aux ellipses mal placées sont également à souligner, ils participent d'ailleurs grandement à plomber le rythme du film ; celles-ci seraient censées renforcer l'action par son absence de représentation à l'écran mais ne font en fait qu'agacer et gâcher notamment [SPOILER] la mort de Llwelyn qui aurait été bien plus forte si elle avait été représentée (même si le risque était de se répéter). Encore une fois, peut-être ces ellipses étaient-elles dans le roman d'origine, mais ce qui rend bien à l'écrit ne rend pas forcément bien en image et il faut savoir s'adapter à la situation... On a l'impression que les Coen veulent se la jouer "mystérieux" et faire dans l'inattendu pour impressionner, mais ça ne fonctionne pas et le film tourne à vide, s'effondrant alors comme un cake mal cuit. Tout paraît racoleur et sans surprise. Reste que dans le fond, le film n'est pas foncièrement mauvais, certaines scènes sont anthologiques et l'intrigue se laisse suivre jusq'au dernier quart d'heure, mais à mon avis ça ne tiendra pas une deuxième vision. Et puis il y a le vrai phénomène du film : l'excellent Javier Bardem dans un rôle sur mesure mémorable à la limite de la caricature. Drôle et effrayant à la fois, son visage coiffé d'une coupe au bol à la Mireille Mathieu restera longtemps gravé dans les esprits. Mon jugement est peut-être trop sévère sous le coup de la déception, comme quoi attendre trop d'un film gâche souvent... Mais force est de constater que No country for old men est un film égoïste et sans véritable saveur.

# Posté le mercredi 13 février 2008 03:50

Modifié le lundi 18 février 2008 10:24

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